Bourse de Casablanca : Un marché qui vit au rythme des OPV
De même que les marchés n’avaient pas réagi aux bons résultats semestriels des sociétés cotées, les investisseurs semblent indifférents aux recommandations des analystes financiers. Ce qui renforce l’idée d’une inefficience de la place marocaine.
Le marché marocain ne semble réagir ni aux résultats des sociétés cotées ni aux recommandations des sociétés de bourse, faisant preuve ainsi d’un véritable dysfonctionnement. Un marché efficient est censé en effet refléter toute l’information pertinente disponible: annonces de résultats des sociétés, prévisions et recommandations des analystes financiers. Il paraît ainsi de plus en plus clair que la place casablancaise ne vit qu’au rythme des OPV (offres publiques de vente). En dehors des introductions en bourse, très peu de valeurs ne sont en effet échangées ; les investisseurs physiques, mais aussi les faiseurs de marché que sont les institutionnels semblent se comporter en spéculateurs.
Les nombreuses recommandations publiées par le CFG Group notamment, n’ont entraîné aucune réaction de la part du marché, ce qui atteste de ce dysfonctionnement. Par exemple, le cours des titres Risma, Brasseries du Maroc, AttijariWafabank ou de BCP, malgré de bons résultats pour ce début 2007, confirmés par un fort potentiel de croissance des titres, n’ont enregistré aucune amélioration notable ces dernières semaines.
Ainsi, de même que l’annonce des très bons résultas trimestriels au 30 juin dernier n’avait pas dopé le cours de Risma, la recommandation à l’achat de Risma par le CFG Group n’a eu aucun effet sur le titre, celui-ci cotant à 425DH aujourd’hui contre 420DH plus d’un mois auparavant. Les analystes du CFG Group avaient recommandé le 14 septembre dernier l’achat des titres Risma jusqu’à 565DH, se fondant sur une valorisation par la méthode de l’actualisation des Free Cash Flow to the Firm et sur les solides fondamentaux de la société. Risma ayant en effet enregistré de très bons résultats au premier semestre 2007 avec un chiffre d’affaires et un résultat net part du groupe progressant respectivement de 12% à 423MDH et de 68,5% à 39,3MDH. Les analystes de CFG tablant en outre sur un taux de croissance annuel moyen de 35,9% du résultat net pour les trois prochaines années.
De même, se basant sur les bons résultats semestriels et les bonnes perspectives de croissance de la Société Brasseries du Maroc (SBM), les analystes du CFG ont recommandé l’achat du titre SBM jusqu’à 2250DH. Or, le titre n’a connu qu’une légère hausse depuis la recommandation à l’achat, cotant à 1933DH au 22 octobre contre 1849DH au début du mois. La Société Brasseries du Maroc a pourtant présenté des résultats très encourageants pour ce premier semestre 2007 avec un chiffres d’affaires de 987MDH, s’appréciant de 17,8% par rapport au premier semestre 2006 et un résultat net part du groupe de 187MDH en hausse de 46,4%. Cette tendance devrait en outre se confirmer au cours des trois prochaines années, les analystes du CFG Group prévoyant un taux de croissance annuel moyen du résultat net de 15%. Selon la méthode de l’actualisation des Free Cash Flow to Equity, le cours théorique de SBM présente un potentiel d’appréciation de 22%.
Les analystes du CFG ont également recommandé la conservation du titre d’Attijariwafa bank et l’ont valorisé – selon la méthode du Discounted Cash Flow et du P/B d’équilibre - dans une fourchette comprise entre 3286DH et 3345DH contre un cours de référence de 3219DH au 4 octobre dernier. Cette recommandation, une fois encore, n’a eu aucun effet sur le cours d’AWB qui a stagné autour de 3120DH. Les bons résultats d’AWB au premier semestre augurent pourtant une très bonne année 2007. Les analystes du CFG tablant ainsi sur une croissance annuelle des crédits de 30% et de 20% pour les dépôts, une croissance du PNB de 20,1% et un résultat net part du groupe de 2,6MdsDH, soit une hausse de 28,7% par rapport à 2006.
Plus révélateur encore peut-être est le cas du titre de la Banque Centrale Populaire. En effet, malgré la recommandation de conservation du titre BCP par les analystes du CFG et sa valorisation dans une fourchette de 2382DH à 2603DH par la méthode d’évaluation du P/E d’équilibre et du P/B d’équilibre, le titre a enregistré une légère baisse et côte aujourd’hui à 2 425DH contre 2460DH au 1er octobre dernier.
Il est donc clair que les investisseurs ne tiennent pas compte des analyses des sociétés de bourse. Celles-ci disposent pourtant d’une solide connaissance des fondamentaux des entreprises et fournissent des prévisions fiables. Les décisions des investisseurs obéissent à d’autres logiques… L’inefficience du marché devient ainsi structurelle.
Alix Fourier